Le bouc émissaire

Savez-vous d’où vient cette expression « bouc émissaire » ?

C’est une prescription biblique réalisée par les Juifs pour déposer toutes les fautes sur la tête d’un bouc donné en sacrifice. « Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des enfants d’Israël, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes les fautes en un lieu aride. »

Une autre origine provient de la Grèce antique où le « pharmakos » (celui qu’on immole en expiation des fautes d’un autre) désigne la victime expiatoire, dans un rite de purification largement utilisé dans les sociétés primitives. Le pharmakos est désigné pour expulser hors de la cité le mal qui l’habite, qu’il s’agisse d’une crise ou d’une épidémie…

 

À l’origine le bouc émissaire avait pour fonction de soigner la cité.

 

Il est « intéressant » de voir comment ce phénomène est toujours à l’œuvre dans nos sociétés dites « évoluées ».

Aujourd’hui le bouc émissaire est toujours celui à qui on fait porter « les fautes », celui sur qui on colle nos frustrations, nos projections et tout ce dont on ne veut pas prendre responsabilité. Mais sommes-nous toujours conscients de sa fonction de « soignant » de nos maux?

Nous projetons sur le bouc émissaire ce que nous voulons voir disparaitre de nos vies  ou de nos ressentis juste pour pouvoir nous sentir mieux… provisoirement. Et nous recommençons, encore et encore…

Il y a toujours un sentiment d’impuissance à l’origine de la recherche d’un bouc émissaire. Impuissance à changer le cours des choses, impuissance à soigner un « mal » quel qu’il soit, impuissance à supporter un ressenti, souvent  celui de la peur. Nous assistons à ce phénomène tous les jours. Ça se passe  partout dans le monde et ça se passe chez nous. Dans les villes, dans les cités, les entreprises, les familles, les écoles… Et dans nos relations.

C’est quoi un bouc émissaire aujourd’hui?

On ne choisit pas un bouc émissaire par hasard. Une personne qui a peu d’estime d’elle-même  fait une parfaite coupable prête à porter la responsabilité de ses actes et de ceux des autres . Une autre peut porter le rôle de sauveur à la perfection. Une autre aura un savant mélange des deux… Prompte à se remettre en question en permanence, quitte  à devancer les besoins et les  désirs des autres, et prendre la responsabilité de leur bonheur… comme de leur malheur. Le bouc émissaire  « volontaire » a une notion élevée du sacrifice et peut avoir une haute estime de lui-même dans le sens où il est persuadé de pouvoir prendre sur lui ce que d’autres ne pourraient pas supporter. Le bouc émissaire « victime »  a une très basse estime de lui-même, et n’imagine même pas qu’il pourrait en être autrement. Il y a aussi des boucs émissaires « volontaires » qui prennent ce rôle pour sauver leur peau. La notion de volontaire (donc acteur) ou de victime étant une notion de ressenti subjectif, propre à la personne sacrifiée, sans aucun jugement de valeur.

Les jeux de rôles psychologiques à l’œuvre dans les systèmes sont complexes et le but de cet article n’est pas de les explorer.

J’aimerais simplement faire prendre conscience qu’il est possible de changer les choses à notre niveau. Chez nous. Près de chez nous. Dans nos familles, nos écoles, nos entreprises. Parce que prendre conscience de ce processus c’est reprendre notre responsabilité et notre pouvoir. C’est faire baisser l’agressivité et la violence. C’est comprendre comment sortir du rôle de victime. C’est comprendre qu’il y a d’autres chemins et d’autres rôles à jouer beaucoup plus porteurs et plus lumineux. C’est aller vers plus de paix et de conscience. Plus de bienveillance et d’amour aussi. De soi et des autres.

 

Le premier pas est de prendre conscience de ce qui est à l’œuvre et je vais vous donner des exemples.
Le deuxième pas est de prendre responsabilité.
Le troisième est de poser un acte en conscience. Un acte différent.

 

>>>>> La prise de conscience : comment je projette sur l’autre et comment je laisse l’autre projeter sur moi :

 

Le récepteur des projections : lorsque j’étais salariée j’ai subi ce qu’on appelle de la maltraitance managériale. La directrice de l’institution dans laquelle je travaillais passait son temps à me demander des choses impossibles à faire, tout en me donnant des horaires totalement inadaptés par rapport au fonctionnement du service, et me convoquait régulièrement dans son bureau pour me dire à quel point j’étais  une très mauvaise  employée! J’ai assez vite compris ce qui pouvait se rejouer de ma propre histoire tant elle me faisait ressentir ce que je ressentais avec un membre de ma famille, mais je suis alors tombée dans le piège de « avec moi ça ne marchera plus »! Profil parfaite du bouc émissaire prête à supporter ce que d’autres n’ont pas supporté, et prête à rejouer un scénario passé pour prouver que j’en étais sortie. Il a fallu que j’ose me regarder en victime et comprendre en même temps la fonction même de la victime-sacrifiée, pour comprendre que je jouais le rôle du bouc émissaire d’une personnalité incompétente qui pouvait projeter sur moi, avec mon accord pas tout à fait conscient, toutes ses frustrations et son impuissance à pouvoir me contrôler. Mon refus de faire partie du groupe, de la mêlée, comme elle se plaisait à le dire, mon refus d’être sous contrôle tout en pensant contrôler la situation, mon incapacité à prendre du recul pour prendre simplement soin de moi et de mes besoins, mon besoin de nourrir sa colère par une attitude de « rebelle » que je pensais maitriser (!), ma posture de « sauveuse » de l’équipe dans laquelle je m’étais installée (regardez ce qu’elle me fait, regardez comme elle est mauvaise, je vais m’en occuper…) m’ ont enfermée dans le rôle du bouc émissaire parfait! Jusqu’au burn-out… C’est dans cet épuisement total que j’ai pris conscience du processus et de la grande solitude du bouc émissaire dont j’avais volontairement endossé le costume. Ici et ailleurs…

 

L’émetteur des projections : une cliente me fait part de la relation compliquée qu’elle a avec son fils. Elle est souvent en colère contre lui, le punit souvent et culpabilise beaucoup.  Son enfant devient de plus en plus tendu et « difficile » et un cercle vicieux s’est installé dont elle n’arrive pas à sortir. Au bout de quelque temps elle s’est rendue compte qu’elle faisait payer à son fils la vie qu’elle n’avait pas eu mais qu’elle avait rêvée d’avoir avant sa venue. Son fils était devenu le dépositaire de ses frustrations et de ses émotions . Elle avait peur pour lui, peur de ne pas pouvoir assumer financièrement, elle pensait sans cesse que sans lui ce serait plus facile et elle culpabilisait de ne pas le vouloir tout le temps avec elle. Elle a pu se détendre une fois la distance suffisamment prise entre elle et ses émotions. Une fois qu’elle a pu arrêter de se juger de ce quelle ressentait. Elle s’est alors rendue compte qu’elle essayait tout simplement de mettre à l’extérieur d’elle-même ce qu’elle vivait comme « un monstre » : elle! Et son fils jouait parfaitement le rôle du bouc émissaire, comme tous les enfants qui s’adaptent à nos émotions et nos besoins. Il collait au personnage en devenant de plus en plus « difficile » à vivre et en renforçant les croyances de sa mère sur le fait que c’était lui le coupable et l’empêcheur de tourner en rond.

Il est assez courant et facile de projeter sur nos proches nos émotions non-conscientes ou non-assumées. Nous le faisons avec nos conjoint(e)s ou nos enfants, quand nous nous énervons sur eux alors que nous sommes énervés par autre chose! C’est aussi ce que font les enfants avec d’autres enfants quand ils projettent sur eux la peur de la différence dans laquelle ils grandissent. C’est ce que font certains managers quand ils projettent leur incompétence et leur impuissance sur des salariés.

Prenons conscience de ce qui se passe en nous et autour de nous.

 

>>>>> Reprenons la responsabilité de nos émotions et de nos ressentis.

 

Lorsque je me mets en colère contre quelqu’un, lorsque je commence à dire « tu es comme ci, tu fais toujours comme ça… », je fais une pause. Je respire et je me demande quel est le sentiment premier, quel est le ressenti que je ne veux pas voir,  et que je suis en train de mettre à l’extérieur pour ne pas avoir à m’en occuper?

De quoi ai-je peur?

Quel est le sentiment d’impuissance qui m’habite? Qu’est ce que je fais porter à l’autre que je ne veux pas regarder?

Dans l’autre sens est-ce que l’autre est en train de me faire porter ce qui ne m’appartient pas? Est ce que je ressens de la confusion là où d’habitude j’ai les idées claires?

Accueillons les. Acceptons les comme des amies, ces sensations qui nous traversent, avant de vouloir nous en débarrasser sur ceux qui nous entourent. Donnons l’exemple à nos enfants de prendre la responsabilité de nos émotions et de nous occuper d’elles plutôt que de vouloir les éliminer en tentant de les mettre à l’extérieur comme des monstres qu’on voudrait éliminer de notre vie.

Nos émotions ne sont pas des bourreaux. Ce sont des messagers à écouter et à laisser passer.  Notre impuissance vient du fait de ne pas savoir quoi faire avec. Il n’y a rien à faire . Il y a juste à être avec. Comme avec un enfant qui pleure ou a peur. Il y a juste à accueillir, accepter, écouter et être avec. Être dans l’amour avec. L’autre comme avec nos sensations. Et alors il n’y aura plus à faire de l’autre une victime de nos émotions parce qu’on aura cru, ou voulu croire que le bourreau était à l’extérieur de nous. Le seul tyran qui existe c’est le jugement que nous portons sur nous-mêmes.

 

>>>>> Alors après la prise de conscience, après la prise de responsabilité vient le moment de poser un acte en conscience.

 

Pour la partie récepteur,  ou bouc émissaire :

Je regarde en moi et je vois comment je joue le personnage de la victime qui me sert à exister, à incarner ce que j’ai l’habitude de vivre.  Et comment de fait je transforme l’autre en bourreau qui répond à ma demande de jouer encore la victime. Et j’accueille sans jugement cette part de moi qui pour l’instant n’avait pas conscience de jouer ce personnage.

Je regarde en moi et je vois à quel point la situation me fait souffrir et je dis stop. Par amour pour moi. Je dis oui à l’amour de moi plutôt que oui à l’amour que j’attends désespérément de l’autre.

Je me pose les questions suivantes : à quoi ai-je dit oui et à quoi n’ai-je pas dit non? À quoi je dis oui quand je porte la culpabilité ou la responsabilité de ce que l’on veut me faire porter et à quoi je n’ose pas dire non? Quelle culpabilité inconsciente je porte en moi pour vouloir les assumer toutes? Quelle « faute » crois-je avoir commis pour accepter de porter celles des autres? Dans quelle posture de victime j’ai besoin d’être pour tenter de réparer ce que je crois avoir commis? Quelle croix je porte?

Et même si je n’ai pas les réponses à ces questions il y a un pas possible : quel acte d’amour pour moi vais-je poser maintenant? Comment vais-je arrêter de me juger d’être là où je suis, car il n’y a aucun jugement à avoir sur qui l’on est. Vais-je vouloir prendre la décision de simplement regarder comment j’endosse les habits de la victime juste parce que j’en ai l’habitude? Parce que c’est confortable? Plus confortable que le changement et l’inconnu?

Peu importe ce que je vais décider. Je décide en conscience de là où je veux ou là ou peux être aujourd’hui. Sans jugement. Par choix.

 

Pour la partie émetteur :

Je pose l’acte de m’accueillir là où je suis et j’arrête le film que j’étais en train de me faire. Je ressens et j’écoute avec bienveillance mon ressenti comme j’écouterais un enfant.

Je pose l’acte de voir que mes ressentis m’appartiennent et que l’autre n’est pas responsable de ce que je vis. Il est responsable de ce qu’il fait, pas de ce que ça me fait.

Je pose l’acte d’aller m’excuser pour avoir jeté sur l’autre ce qui m’appartient en vrai.

Je décide d’arrêter de râler sur mon enfant qui réclame simplement une attention que je ne lui donne pas. Et je la lui donne. Tranquillement, en écoutant ce que cela me fait. Tout en me donnant des rendez-vous avec moi-même pour m’occuper de mes besoins.

Je fais un mélange de tout ça…

 

>>> La place du parent

Une autre attitude consiste à accepter pleinement ce rôle comme étant celui qui « prend soin » l’autre. Je l’endosse pour ma fille quand elle a besoin d’exprimer une frustration qu’elle n’arrive pas à assumer seule. Alors oui je veux bien en toute conscience être la surface sur laquelle elle va pouvoir projeter son impuissance et sa peur. Lui servir de « pharmakos » en y mettant des mots qui rassurent et qui expliquent.  Avec amour et en restant centrée sur son besoin de sécurité à elle ! Mais c’est un endroit où je suis solide et où je ne disparais pas malgré tout ce qu’elle pourrait me dire… Je reste un pilier. Je ne joue pas le rôle de la victime. Je joue le rôle de mère. En lui montrant qu’elle peut ressentir ce qu’elle ressent, qu’elle en a le droit et que personne ne va disparaitre!

 

 

Posons sur nous des regards d’amour et de bienveillance.

 

C’est tout ce qui fonctionne pour semer des graines de changement et amener la lumière dans nos vies.

Osons  regarder et sentir les émotions qui nous traversent sans poser de jugements, sans vouloir les faire disparaitre, sans vouloir les étouffer ni les transformer. Sans vouloir les jeter sur un autre que nous aimerions transformer en tyran pour nous débarrasser de ce que nous ne voulons pas voir en nous.

Osons nous engager dans une vraie connaissance de nous-mêmes.

Pour le meilleur… et pour la vie.

 

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